Blog politique de gauche à Lannion (Rive gauche!)
26 Septembre 2013
Les courants et organisations suivantes, membres du Front de Gauche,
Convergences et Alternative, Fédération pour une Alternative Sociale et Ecologique incluant
l’Association des Communistes Unitaires, Gauche Anticapitaliste, Gauche Unitaire,
ont engagé un processus de discussion et de vérification d’un possible rapprochement politique.
Ce texte, résultat d’un premier travail collectif entre nos groupes d’animation, est versé au débat.
Le 17 octobre 2012
Rassembler pour une alternative à gauche
Une situation politique bouleversée
La durée et l’approfondissement de la crise du capitalisme sont lourds de dangers sur le plan social,
démocratique et culturel, qui touchent tous les aspects de la vie quotidienne. Elle s’accompagne d’une crise
écologique profonde, les logiques du profit maximal provoquant réchauffement climatique, destruction de la
biodiversité, épuisement rapide des ressources naturelles. En Europe, le durcissement des politiques d’austérité
met les pays de la zone Euro au bord de l’asphyxie. La précarité sévit à tous les niveaux (emploi, logement,
santé, éducation...) tandis que la cupidité des marchés financiers et des actionnaires est de plus en plus
insupportable. Les politiques mises en oeuvre par les dirigeants libéraux, et sociaux-libéraux, de l’Union
européenne enfoncent les peuples et laminent les acquis sociaux et les services publics, et elles provoquent
d’immenses réactions populaires : après la Grèce, c’est ensuite au Portugal et en Espagne que le peuple se lève
par millions, cherchant pour en sortir la voie d’une issue politique.
En France, le 6 mai 2012 constitue une défaite politique pour la droite menée par Nicolas Sarkozy et
pour les libéraux. Cette victoire électorale de la gauche traduit la force des aspirations sociales qui traversent le
salariat, le refus des politiques d’austérité qui sont infligées aux peuples d’Europe. Et la progression du Front
de Gauche dans cette échéance témoigne de la crédibilité croissante d’une politique de gauche offensive et
décomplexée.
Mais les premiers mois du gouvernement Ayrault sont marqués par une adaptation aux impératifs de la
réduction des déficits publics et au dogme de la compétitivité des entreprises. Au-delà de quelques effets
d’annonce et de quelques mesures positives, il impose pour l’essentiel un rythme de réformes et d’initiatives
politiques bien éloigné d’une dynamique de « changement maintenant ». La question écologique est
marginalisée. F. Hollande annonce deux ans de rigueur débutés par un plan de réduction des dépenses publiques
de 10 milliards d’euros et des mesures qui pénaliseront les salariés. La vague de licenciements déclenchée par
le patronat ne trouve pas de frein dans une politique gouvernementale qui avoue son impuissance, à Florange
comme à PSA ... L’ acceptation par le gouvernement du TSCG et sa ratification referment encore plus le carcan
libéral, tandis que son ministre de l’intérieur, Manuel Valls, poursuit les politiques sécuritaires antérieures et les
expulsions, notamment des Rroms.
La clé de la situation actuelle se trouve dans la capacité du peuple, des travailleurs, des chômeurs et des
jeunes à entrer dans le jeu et à remettre en cause cette logique d’adaptation à la gestion du capitalisme. Il n’y a
pas de conciliation possible entre les aspirations à plus de justice et d’égalité et les politiques d’austérité
destinées à satisfaire les banques et les spéculateurs. C’est l’intervention directe des salariés, par leurs propres
mobilisations, par leur organisation collective qui peut permettre de gagner de nouveaux droits et stopper les
reculs sociaux. Ce mouvement est déjà en route, pour défendre les emplois détruits par des plans de
licenciements, dans les luttes pour le droit aux logements, dans la mobilisation des travailleurs sans papiers
pour leur régularisation… Le Front de Gauche est pleinement partie prenante de la défaite de la droite, son but
est que cette victoire se concrétise maintenant par des mobilisations populaires obtenant de nouveaux progrès
sociaux, ouvrant la perspective d'une autre logique que celle poursuivie par le gouvernement actuel. C’est ainsi
qu’on pourra faire reculer durablement l’offensive actuelle du MEDEF et des marchés financiers, relayée par
une droite qui rêve déjà de son retour, et qui se radicalise en empruntant de plus en plus ouvertement les thèmes
xénophobes et réactionnaires du Front National.
Pour cela le Front de Gauche veut être l’instrument qui permette l’implication populaire. C’est le rôle
qu’il a joué en participant à la campagne unitaire contre le Traité TSCG, proposant l’organisation d’une
manifestation nationale le 30 septembre. Partie prenante des mobilisations sociales, le Front de Gauche cherche
à faire émerger à gauche une alternative politique qui permette une véritable rupture avec les logiques libérales
et productivistes et se confronte aux marchés financiers. C’est pourquoi le Front de Gauche est à l’offensive
pour mener le débat avec toutes les forces de gauche, faire les propositions d’action commune, pour contester
l’hégémonie de l’orientation sociale libérale qui domine encore aujourd’hui et qui ne permet pas de faire face à
la crise.
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Le Front de Gauche, pour changer les rapports de force
et gouverner à gauche pour rompre avec l’austérité.
Le Front de Gauche a franchi une étape et s’est installé en 2012 dans le paysage politique. La
dynamique de la campagne présidentielle a permis d'entrevoir la possibilité d'une jonction entre des solutions
politiques à gauche et les mobilisations populaires (résultats électoraux, mobilisation militante très large,
rassemblements massifs de la Bastille, du Prado…), présence de secteurs en lutte et combinaison de réponses
sociales, démocratiques, égalitaires). Les échéances législatives ont été plus difficiles, dominées par la logique
institutionnelle qui réduit l'enjeu à donner une majorité au président élu et à écarter la droite. Il lui a manqué le
temps et l'expérience pour rendre crédible, dès ce moment-là, une alternative de gouvernement à celle proposée
par le PS. Il a manqué aussi au Front de Gauche la capacité à conserver sa dynamique présidentielle.
Mais le fait politique principal, c’est l’installation d’une autre perspective à gauche. Des répliques de la
force affirmée dans la campagne du premier tour auront lieu, les questions de la répartition des richesses et de
leur contrôle, de la résistance aux marchés, du refus des politiques de l'Europe libérale, d’une VIème
République démocratique et sociale, sont installées dans l'opinion. Fin août 2012, un sondage analysait que
42% des Français, et une majorité des électeurs du PS, souhaitent que les propositions du Front de Gauche
soient prises en compte.
Pour construire le débouché politique qui permette de mettre en oeuvre ces changements, le Front de
Gauche doit viser à faire prévaloir, au sein d’une gauche traversée par deux orientations inconciliables, une
autre politique que celle défendue et mise en oeuvre par la direction du Parti socialiste. C’est une réorganisation
et une recomposition d’ensemble de la gauche que nous visons, autour d'une ligne de partage entre adaptation
aux logiques libérales et volonté de rompre avec elles, un débat qui traverse l’ensemble de la gauche et du
mouvement social, y compris la mouvance socialiste ou écologiste. A partir de ces enjeux, le Front de Gauche
doit s’efforcer d’unir toutes les forces qui veulent mettre un terme à la domination sur la gauche des politiques
de soumission au libéralisme et au productivisme.
Gagner maintenant de nouveaux acquis sociaux et démocratiques
Le choix du Front de Gauche, celui de toutes ses composantes, du vote des militants du Parti
Communiste, de ne pas participer au gouvernement Ayrault au vu de sa politique annoncée, est une décision
importante, ainsi que le vote de ses députés s’abstenant sur la déclaration de politique générale du Premier
Ministre, et proposant immédiatement des projets de loi répondant à l'urgence sociale et démocratique. Le Front
de Gauche se considère comme partie prenante de la dynamique populaire majoritaire qui a chassé la droite et
N. Sarkozy, mais il est indépendant de la majorité présidentielle et gouvernementale qui met en oeuvre les 60
propositions de François Hollande. Pour la première fois sous un gouvernement de gauche, il existe à gauche
une force politique rassemblée, unitaire, autonome et indépendante de la politique gouvernementale, disponible
pour porter les exigences populaires et résister aux pressions du Medef et des marchés. Une force déterminée à
rassembler des majorités à gauche, dans le mouvement social, au Parlement, autour de propositions de lois
actant de nouvelles avancées pour le mouvement populaire.
Rendre crédible la perspective d'une autre majorité et d'un autre gouvernement à gauche
Le Front de Gauche doit inscrire ces batailles immédiates dans la construction indispensable d’une
politique alternative à l’austérité, celle que devrait mettre en oeuvre une majorité et un gouvernement vraiment à
gauche. Pour nous, le Front de Gauche doit dire qu’il est candidate à une majorité et à un gouvernement antiaustérité,
rompant avec les logiques libérales et productivistes, sur une orientation à même d’engager un
changement durable, de contrôler le système financier, d'étendre les pouvoirs, les droits et la démocratie pour
les salariés et le peuple.
Pour cela, le Front de Gauche doit agir pour changer les rapports de force au sein de la gauche, pour
créer les conditions qui rendent possible l’émergence d’une telle majorité et d’un tel gouvernement. Il ne s’agit
pas de parier sur l’échec du Parti socialiste au pouvoir, ni de se cantonner au rôle d’aiguillon du gouvernement.
Il faut au contraire travailler dès maintenant à dresser les contours de ce que pourrait être cette majorité au sein
de la gauche et dans le mouvement social à même de porter cette orientation de rupture. Un gouvernement issu
de cette majorité s’appuierait en permanence sur de puissantes dynamiques populaires, indispensables à la
concrétisation d’un changement et d’une transformation immédiate des conditions de vie du plus grand nombre.
Cette perspective d’un gouvernement de rupture avec l’ordre libéral devra s’affirmer en convergence avec des
projets similaires dans d’autres pays, notamment en Europe, pour engager de nouvelles conquêtes collectives. «
Place au peuple », « Prenez le pouvoir », ce ne sont pas que des slogans électoraux, mais des perspectives qui
doivent nourrir le projet du Front de Gauche.
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Poursuivre l'élargissement et la transformation du Front de Gauche
Tout est à faire pour engager un vrai changement, et ne pas laisser la place à la démobilisation et à
l'abstention favorisant un retour d'une droite et d’une extrême-droite plus dangereuse encore.
Il y a urgence à reconstituer un rapport de force sur le terrain des mobilisations sociales, fortifier la résistance et
la prise de conscience contre les politiques du libéralisme qui restent sous la coupe des marchés financiers, de
la loi des actionnaires, des Traités européens.
Le Front de Gauche doit chercher à se fortifier dans les luttes sociales, en menant des campagnes
politiques en lien avec ces mobilisations. Il participera ou engagera la constitution de rassemblements les plus
larges possible, temporaires ou permanents, sur la base d’objectifs limités mais rassembleurs, avec les
organisations syndicales et associations, avec la volonté de regrouper tous ceux qui à gauche, et au-delà du
Front de Gauche, du côté du PS ou d’EELV, ou de l’extrême-gauche, sont prêts à agir dans le même sens. S’il
ne considère pas être le seul à porter les résistances et l’alternative, le Front de Gauche jouera pleinement son
rôle s’il est capable de convaincre autour des mesures alternatives qu’il défend face à la politique
gouvernementale, dans un va et vient entre ces résistances et le terrain législatif et politique.
Des campagnes politiques s’imposent dès maintenant :
- Refuser les contraintes fixées par l’Union européenne pour généraliser l’austérité, en luttant contre la
ratification du Mécanisme Européen de Stabilité, pour un referendum, pour désobéir aux injonctions de la
Troïka (UE, FMI, BM) qui veut empêcher tout écart à l’orthodoxie libérale. Une campagne qui trouvera son
prolongement, en France et en Europe, aux élections européennes.
- Faire la loi pour empêcher la vague de licenciements et la montée du chômage orchestrée par le
MEDEF : loi d’interdiction des licenciements dans les entreprises qui délocalisent et versent des dividendes à
leurs actionnaires, loi de préemption sur les entreprises pour la reprise d’activités viables, loi étendant les droits
des salariés pour s’opposer aux plans « sociaux », droit de reprise par des coopératives ouvrières pour
conserver les emplois, les activités, les projets sociaux et écologiques... Le Front de Gauche soutiendra les
exigences des syndicats et des salariés qui demandent un contrôle public ou une nationalisation de leur
entreprise quand ils sont confrontés à des patrons qui abandonnent des sites productifs dans des secteurs clés.
En soutenant la convergence des luttes des salariés dans les entreprises menacées, le Front de Gauche cherchera
à convaincre, autour des projets de loi qu’il porte, qu’il y a une alternative à l’impuissance affichée par le
gouvernement.
- Pour le droit de vote des étrangers aux élections locales, le Front de Gauche devra mobiliser toutes ses
forces, avec toute la gauche prête à ne pas reculer, pour gagner dans l’immédiat cette extension des droits
démocratiques promise par le candidat François Hollande, et faire reculer les campagnes réactionnaires et
xénophobes du sarkozisme et du Front National. Gagner une majorité aux assemblées et dans la société pour
changer de politique pour l’égalité des droits, et refuser les reculs du ministère de l’intérieur qui se met dans les
pas de ses prédécesseurs sur cette question comme sur les contrôles au faciès ou les expulsions de Rroms...
- Briser la dictature de la finance, prendre des mesures législatives pour un secteur public bancaire et un
contrôle public sur les banques, afin d’assurer les investissements pour l’emploi, l’environnement, les
collectivités territoriales, pour s’émanciper des marchés financiers, pour que la BCE prête directement aux
Etats. Exiger à la fois un audit de la dette et un moratoire conduisant au non-paiement des intérêts des dettes
indues, ou des intérêts exorbitants exigés par des banques, comme Dexia, qui coulent les finances des
communes, des départements et régions, des écoles, des hôpitaux.
- Engager la transition écologique, réorienter dès maintenant l'investissement public et l'emploi vers des
solutions écologiques dans les énergies renouvelables, les transports, le logement, l'eau. Revenir à une maitrise
à 100 % publique des entreprises du secteur de l'énergie. Engager un débat démocratique national sur la
transition énergétique et le nucléaire. Refuser les OGM et l’exploitation des gaz de schistes.
Nous voulons et pouvons gagner, sans attendre, plusieurs avancées sur la base de campagnes de ce type
appuyées sur les mobilisations sociales. Mais pour inverser la logique des politiques libérales, sortir de la crise,
imposer une autre répartition des richesses, enclencher un processus de transformation sociale, il faudra
défendre en permanence la nécessité de gouverner en rassemblant sur une autre politique que celle menée par le
gouvernement actuel. Les campagnes et actions du Front de Gauche seront des points d’appuis pour illustrer et
construire cette alternative de gouvernement, changer les rapports de force au sein du mouvement populaire et
gagner l'hégémonie sur une telle orientation à gauche.
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Construire une perspective de Front de gauche au niveau européen
La crise économique du capitalisme, celle de la construction ultra-libérale de l’Union européenne, les
solutions catastrophiques engagées par la Troïka en Europe du Sud, les dérives des gouvernements sociaux
libéraux acceptant de gérer ces plans d’austérité généralisée, ont provoqué de puissants mouvements sociaux de
résistance, et redonné de l'espace et de la force aux gauches antilibérales européennes, plus rassemblées, plus
crédibles, porteuses d’ambitions plus affirmées. On l’a vu plus particulièrement en Grèce, puis en Espagne, la
combinaison de mouvements sociaux importants et de coalitions de gauche liées à ces mouvements permet des
progrès politiques notables.
Les élections européennes en 2014 seront l'occasion d'affirmer dans plusieurs pays, dans une même
campagne, une même gauche de transformation sociale, défendant des solutions politiques communes, (banque
publique, refus du Traité, alignement vers le haut des législations sociales et fiscales, démocratie européenne...).
Nous pourrons ainsi faire apparaître une coalition de ces gauches européennes, essentielle, car n'y aura pas
d’alternative à la crise si elle n'est pas d'emblée pensée et réalisée à l'échelle européenne.
Approfondir la stratégie du Front de Gauche
Les fondements politiques du Front de Gauche ont été définis, à la veille des élections, autour de deux
documents : « l'Humain d'abord » et un texte « stratégique » qui envisageait les buts qu'il s'assignait pour 2012.
Un nouveau texte doit être mis en discussion, pour permettre de synthétiser les acquis de l'expérience politique
commune de ces deux dernières années, et redéfinir les perspectives dans la nouvelle situation.
« L'Humain d'abord » est une base essentielle qui permet de donner une perspective d'ensemble au changement
politique qu'envisage le Front de Gauche, et qui fournit les soubassements à une politique alternative à celle
suivie par le Parti Socialiste. De nouvelles questions demandent à être intégrées dans le programme du Front
(par exemple, les questions de l'appropriation sociale, les nouveaux droits pour les salariés à la reprise de leurs
entreprises, ou encore l'approfondissement du débat sur la transition écologique), mais aussi les élaborations
des différents « Fronts thématiques » qui ont apporté leur pierre. Tout en conservant la démarche du consensus,
laissant en débat ce qui n'est pas encore collectif, il est nécessaire d’engager dans tous les lieux militants du
Front de Gauche une démarche d'enrichissement de son programme pour une alternative de gouvernement à
gauche.
Pour avancer, l’essentiel est de reconnaître que nous cherchons pour le Front à élaborer un programme
basé sur une perspective d’action et de transformation, et non sur des a priori idéologiques, la diversité des
cultures politiques servant la dynamique de l’ensemble.
Ce nouveau texte stratégique permettra d'avancer collectivement sur une redéfinition, dans cette
nouvelle situation, de nos propositions, de l’issue politique gouvernementale pour sortir de la crise, de nos
rapports aux autres forces de la gauche. La perspective doit être celle de la construction d’un véritable Front
politique, social et populaire, qui s’appuie sur la mobilisation sociale, seule à même d’assumer la confrontation
nécessaire avec les classes dominantes et qui rassemble autour d’un programme de rupture avec l’ordre établi.
Le Front de Gauche, un rassemblement durable, ouvert, et s'élargissant en permanence
Quelles que soient les limites de sa construction initiale et actuelle, le Front de Gauche est aujourd’hui
un cadre politique incontournable pour la construction d’une gauche d’alternative rassemblée.
Il s’agit désormais de faire force politique ensemble pour gagner la majorité à gauche, pour cela,
l’élargissement du Front doit être recherché en permanence, il est indissociable de l’objectif visant à rendre
dominantes dans la société les idées d’une transformation sociale et écologique.
Le processus de rassemblement lui-même ne doit jamais être figé : toutes les forces d'une gauche de
transformation ne se trouvent pas encore dans le Front de Gauche, elles existent, ou existeront, au sein d’EELV
et du PS, mais aussi parmi de nombreux militants de ces partis, dans les associations, les syndicats, les
mouvements des quartiers populaires. Dès aujourd’hui, les courants et organisations qui s’inscrivent dans la
gauche de transformation, sans être encore membres du Front de Gauche, doivent pouvoir y prendre place s’ils
le souhaitent.
Mais le Front de Gauche doit aller au-delà du rassemblement des seuls militants des partis politiques, et
permettre aux nombreux acteurs engagés dans les mouvements sociaux de trouver une place pour traduire leurs
combats quotidiens sur le terrain politique. Il doit être aussi un lieu de rassemblement populaire, pour
combattre la résignation et le repli sur soi, pour réduire la coupure entre les milieux populaires et les formes
actuelles d’action politique. Un de ses objectifs doit être de devenir un lieu de solidarité permettant aux jeunes
et aux salariés de s’organiser pour défendre leurs aspirations et reconstituer une conscience et une culture
politique.
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Le Front de Gauche, rassemblant des partis et organisations, et permettant l’engagement
individuel, pour créer une dynamique citoyenne.
Le Front de Gauche doit franchir une nouvelle étape dans sa construction, en partant de deux constats :
- La volonté de certains partis qui en sont membres de se maintenir comme organisations spécifiques, avec
la souveraineté sur leurs décisions ;
- Le constat que beaucoup de citoyen-ne-s engagé-e-s avec le Front de Gauche ne souhaitent pas adhérer à
une organisation politique tout en voulant être pleinement acteur/trice de la vie du rassemblement politique
en cours.
Il faut maintenant engager et expérimenter des formes de participation citoyenne collectives. Déjà, sous
des dénominations diverses, des « assemblées citoyennes » se pérennisent, des « collectifs citoyens » se
construisent, des « comités populaires » se développent. Parfois ils se créent en association locale du Front de
Gauche, à laquelle on peut adhérer et être partie prenante des discussions et décisions d’action.
C’est la condition essentielle pour que le Front de Gauche se maintienne et se transforme, pour qu’il
soit à la hauteur de ses responsabilités. Cela ne signifie ni la dislocation des composantes dans un Front qui
serait transformé en nouveau « parti », ni qu’il faille être d’accord sur tout, ni que des initiatives propres à telle
ou telle organisation soient impossibles. En sens inverse, aucun des individus ne se reconnaissant dans une
organisation particulière ne doit avoir le sentiment qu’il est le jouet de structures par ailleurs bien rodées.
Dès lors, il peut être composé, à égalité de dignité, d’organisations constituées (partis et mouvements)
et de structures localisées (assemblées citoyennes ou autres) où des individus ont la possibilité d’adhérer
directement. Et c’est en avançant dans ce sens, recherchant au maximum le consensus et non la concurrence,
que nous pourrons dépasser positivement, vers plus de démocratie et de transparence, le fonctionnement
forcément hybride de cette nouvelle expérience engagée sous la forme d’un Front.
Dès maintenant, les autres lieux collectifs créés lors des campagnes de 2012 doivent être pérennisés et
élargis. Le Conseil National et la coordination hebdomadaire doivent être élargis à de nouvelles personnalités
issues du mouvement social et non membres de partis, et devenir plus régulièrement des lieux d’échanges et de
décisions collectives sur tout ce qui est mis en commun.
Les « Fronts thématiques », qui se sont développés sur différents thèmes de réflexion pour l’action, ont
un rôle important à jouer dans cet élargissement. Ils permettent d’intégrer les réflexions et actions des différents
secteurs du mouvement social, de développer la mise en commun, et de donner au Front de Gauche les moyens
d’intervenir dans tous secteurs de la vie politique et sociale.
En même temps, le Front de Gauche devra développer des moyens de communication collectifs (site
internet géré collectivement, publication régulière) en appui aux collectifs locaux.
Pour que les discussions puissent avoir lieu largement, dans les organisations comme dans les espaces
militants communs, un processus de réunions nationales régulières, sous la forme de « convention » ou
d'«assises » rassemblant des représentants des divers espaces du Front de Gauche (Assemblées Citoyennes,
Fronts Thématiques, Conseil et Coordination Nationale...) est nécessaire pour permettre son développement, les
échanges entre les militants et les différentes composantes. Un processus d’allers-retours participatifs devrait
être enclenché dès maintenant sur un texte de définition d’un projet politique commun et sur des modalités de
fonctionnement, en vue d’une nouvelle architecture associant organisations et collectifs d’adhérent-e-s direct-es
du Front de Gauche.
Construire une convergence
Des convergences ...
La réflexion ici poursuivie est menée en commun, à ce stade, par plusieurs organisations engagées dans
le Front de Gauche : Convergences et Alternative, la Fédération pour une Alternative Sociale et Écologique
(incluant l'Association des Communistes Unitaires), la Gauche Anticapitaliste, la Gauche Unitaire.
Nous partageons l'idée d'une nécessaire refondation et rénovation de la gauche de transformation
sociale, et la conviction qu’aujourd’hui ce travail ne trouvera son sens et des possibilités de mises en pratiques
que dans le Front de Gauche, qu'il doit y être poursuivi et approfondi.
Nous voulons, avec ce texte, actualiser nos réflexions et nos convictions, vérifier la possibilité d’un
rapprochement. Notre objectif n’est pas de nous inscrire dans une logique de concurrence entre composantes du
Front de Gauche, mais au contraire de favoriser le développement et l’élargissement du Front lui-même, sa
dynamique politique et citoyenne, l’adhésion du plus grand nombre... C’est le Front de Gauche qui doit être la
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force politique, dans sa diversité, en mesure d’organiser, de faire agir ensemble, tous ceux et celles qui veulent
faire avancer, à gauche et dans la société, la perspective d’une transformation sociale de la société.
La convergence, au sein du Front de Gauche, d'histoires et de cultures politiques différentes est ce qui
lui permet d'exister, la garantie de sa vitalité. Si, pour ce qui nous concerne, nous pensons que la perspective
doit être l'affirmation progressive dans et par le Front de Gauche d'une force politique nouvelle, apte à relever
les défis du temps, nous sommes également convaincus que ce mouvement ne signifie pas gommer l'existence
des courants et partis le composant, qui ont toute légitimité à défendre les acquis de leur histoire et leurs
propres cheminements politiques. Il est même de leur devoir d'assurer la transmission, la formation,
l'élaboration à partir de leurs propres références et cultures politiques. La possibilité de le faire dans un cadre
commun, pluraliste, ne pouvant représenter qu'un enrichissement de ce travail.
Des convictions ...
Nous nous référons à divers documents produits d’expériences politiques différentes auxquels nous
avons participé les uns et les autres, que nous versons comme contributions au débat partagé avec toutes les
forces du Front de Gauche. Nous voulons également travailler à partir des contributions issues du mouvement
social, syndical, altermondialiste, afin d’ élaborer un projet d’émancipation sociale adapté aux coordonnées de
la période.
De ces documents, nous tirons les principes politiques suivants au regard de ce que doit être la politique et les
perspectives d'une gauche de transformation sociale et écologique.
° Pour la lutte de classe, l’égalité et la solidarité !
- L’indépendance par rapport à la bourgeoisie, le refus d’alliances avec les droites et les forces
conservatrices, une inscription permanente dans la lutte des classes sous toutes ses formes.
- L’exigence de reconstruction d’une perspective émancipatrice contre toutes les oppressions, l’ancrage
dans tous les mouvements pour l’égalité, contre toutes les formes de racisme, de xénophobie, de discrimination
sur la base des origines, du genre, de l’orientation sexuelle, des croyances, et le respect des libertés
individuelles et de la laïcité.
- Une dimension internationaliste permanente ; ici même, dans la solidarité avec les immigrés, dans
l’extension des droits civiques sur la base d’une citoyenneté de résidence. Dans l'Union européenne, pour une
Europe sociale et démocratique, une alternative de gauche assumant une rupture avec la construction libérale de
l’Union européenne sans accepter les replis nationalistes. A l’échelle du monde, pour une politique solidaire
sans frontières, sans céder aux « raisons d'États » et aux politiques de grande puissance, y compris celles de
l'État français. Une politique solidaire basée sur le droit à l’autodétermination des peuples victimes
d’oppressions néo coloniale, d’exploitation impérialiste, de destruction de l’environnement par le pillage des
ressources naturelles. Une politique de paix et de désarmement, notamment le désarmement nucléaire, contre
les guerres.
- Une lutte antifasciste intransigeante, qui doit être menée dans l’unité du mouvement ouvrier et
démocratique, et s’exprimer sur le plan idéologique contre toute banalisation du FN et de l’extrême-droite
- L’exigence féministe, la lutte contre la domination masculine et le patriarcat, partie prenante de tout
projet progressiste et de l’exigence démocratique d’égalité en droits entre homme et femme, et ses implications
dans la remise en cause du capitalisme de par la place qu’il réserve aux femmes au travail et dans la société.
° L’impératif de la démocratie
Il impose la défense de toutes les libertés démocratiques, il suppose une pratique respectueuse des
formes d’organisation que se donne le mouvement populaire, il est au coeur de notre projet, qui promeut la
défense et l’extension du suffrage universel, la démocratie la plus large possible, les pratiques d’autoorganisation
et d’autogestion. Un impératif qui impose de dépasser la césure entre mouvement social et
politique institutionnelle, qui se prépare dans une pratique de nos élus en lien avec les mouvements sociaux et
le développement de toutes les formes possibles de démocratie participative et de contrôle, pour contrecarrer les
logiques d’intégration et d’institutionnalisation du système. Une démocratie qui suppose une refonte de tout le
système médiatique et développe l’esprit critique des citoyens.
Un impératif qui pousse à une vigilance antibureaucratique dans le fonctionnement des partis et des
forces politiques, dans les garanties données au pluralisme des débats et au rejet des pratiques autoritaires et
manipulatrices, dans le refus d’établir des rapports de subordination vis-à-vis du mouvement syndical et social.
Une démocratie autogestionnaire, dans et hors des entreprises, qui, à partir du combat pour l’extension
des droits des salariés, pose la question de la propriété, de l’appropriation sociale des principaux secteurs
économiques et non d’un « étatisme dirigiste », d’un contrôle collectif sur ce qui se produit et comment, de la
possibilité d’autogestion des salariés dans de nombreux secteurs.
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° Assumer la perspective de la rupture.
Le processus d’une transformation de la société ne peut se limiter à un changement de majorité
parlementaire, mais nécessite la mise en mouvement d’un puissant mouvement social contre les puissances
dominantes du système capitaliste. Il doit articuler mobilisations et élections, dynamiques populaires
et victoires électorales, rapports de force conquis par les luttes, les grèves, l’auto-organisation, et le contrôle
démocratique via le suffrage universel, permettant l’avènement de gouvernements rompant avec la logique
capitaliste et engageant une transformation profonde des rapports sociaux. Une rupture avec les logiques
productivistes qui ont abouti à la crise de l’écosystème humain et risquent d’entraîner une régression majeure
pour l’humanité. Une révolution citoyenne, sociale et démocratique, qui passe par l’instauration de nouvelles
institutions par le biais d’une Assemblée Constituante et de la fondation d’une VIème République démocratique
et sociale. Socialiser les grands moyens de production et d’échange, décider quoi et comment produire,
défendre les biens publics et engager une transition écologique, cela ne peut se faire sans une rupture avec les
institutions et les logiques marchandes, par une extension maximale d’une démocratie à tous les niveaux
refondant un nouveau mode de gestion de la société et de pouvoir.
° Fixer un cap vers une société alternative au système capitaliste et au productivisme.
Malgré les blessures que portent les mots hérités du passé, nous avons besoin de refonder un nouveau
projet émancipateur, pour une société démocratique, socialiste, communiste, écologiste.
Ce projet assumera les défis écologiques, développera une conscience éco-socialiste pour la
réorganisation de la société à des fins de productions socialement utiles et écologiquement responsables,
planifiera la sortie du nucléaire et des énergies carbonées.
Il devra revenir sur le bilan et les échecs des expériences passées, tant du stalinisme que de la socialdémocratie,
et des dégâts qu’ils ont provoqués.
À partir des résistances contre l’exploitation et l’oppression, jusqu’à la lutte pour des gouvernements de
rupture engageant la transformation sociale et écologique, est posée la nécessité de penser en positif un projet
de société alternatif au capitalisme. Un projet pour libérer toutes les potentialités de l’auto-émancipation et des
aspirations à l’égalité, pour engager une appropriation sociale des moyens de production et d’échange, pour une
autogestion la plus étendue et un contrôle sur l’outil de travail et sur le travail lui-même.
Nous considérons, ensemble, qu’il y a urgence à refonder un tel projet. Cette élaboration stratégique
devra être le fait d’un travail mené avec d’autres courants que les nôtres et qui sont engagés, avec nous, dans la
construction d’une alternative à gauche. Commençons sans attendre, cela fait partie de la reconstitution d’une
culture politique d’émancipation indispensable à la vie d’un mouvement politique qui, pour donner confiance
dans son projet politique immédiat, a besoin d’éclairer l’espoir qu’ « un autre monde est possible ».
Un rapprochement ...
Notre préoccupation est de travailler à surmonter la dispersion de nos forces, et contribuer ainsi à
renforcer la dynamique de l’ensemble du Front de Gauche. Cela nous paraît possible en fonction des
convergences existantes et des convictions qui nous sont communes, dans la mesure où nous sommes les uns et
les autres issus d'expériences à la fois différentes et proches. Notre proximité sur les quelques « fondamentaux»
résumés dans ce texte a contribué au dépassement de désaccords politiques secondaires.
Les propositions faites ici sont l’expression de trois éléments inséparables : - la convergence de nos
options politiques - une conscience partagée des enjeux de la situation politique - notre appréciation du Front de
Gauche. Sur cette base, constatant un accord politique important entre nos formations, nous engageons un
processus de rapprochement permettant de faire vivre, au sein du Front de Gauche, un courant d’idées en
commun. Un courant qui sera animé d’une conviction forte : l’objectif est, plus que jamais, de favoriser le
développement, l’élargissement et la transformation du Front de Gauche en une force pluraliste enracinée dans
le mouvement populaire, à même de changer les rapports de forces à gauche en faveur d’une politique de
transformation sociale.
Convergences et Alternative, Fédération pour une Alternative Sociale et Ecologique incluant
l’Association des Communistes Unitaires, Gauche Anticapitaliste, Gauche Unitaire
Le 17 octobre 2012
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